Lot n° 26

CÉLINE (Louis-Ferdinand) — Lettre autographe signée « LFCéline » [à Jean-Gabriel Daragnès].

Estimation : 800 - 1000 €
Adjudication : 1 250 €
Description
« Le 7 » [Danemark, probablement le 7 octobre 1947]. 3 pp. in-folio.
« Mon cher vieux, quand tu recevras cette lettre, Mik [son avocat danois Thorvald Mikkelsen] aura quitté Paris, à la grâce de Dieu ! et mon affaire ni meilleure ni pire... Pour l'éditeur, diantre la chose est encore plus complexe, c'est un infini d'imbroglios vaches. JE VAIS ETRE SANS DOUTE CONDAMNE A LA SAISIE DE MES BIENS, DONC AUSSI DES LIVRES – donc foutre des procès Denoël et patati et Fasque et Dache ! Je te le dis, SEUL LE CLANDESTIN ME CONVIENT ET L'ETRANGER JUSQU'A LA FIN DE MES PUTAINS DE JOUR ! Mon ingrate patrie m'aura tout saisi [...] ! C'est la règle, c'est naturel.
JE ME CONSOLE DE MA TRES MEDIOCRE AVENTURE DANS PLUTARQUE. Mille gratitudes pour ton hospitalité, mais il n'y faut point songer tant que les bourres rôdent. Trop enchantés de me liquider, tu penses ! Plus d'explications. Le rêve !
Je n'ai pas de nouvelles de Monnier [Pierre Monnier, admirateur qui deviendrait éditeur et jouerait un grand rôle dans le retour de Céline sur la scène littéraire française]. Il doit essayer de me rééditer sous quelque forme ! bien hasardeux, ON NE SAIT PLUS TRAVAILLER EN CLANDESTIN ! QUAND JE PENSE QUE PRESQUE TOUTE LA LITTERATURE DU XVI XVII XVIII ET MEME 19 A ETE CLANDESTINE ! QUELS EMPOTES, QUELS CONFORMISTES CES AFFRANCHIS DE NOS JOURS ! Oh très bien pour les peignoirs, ce sont un peu des cercueils, la redingote des dernières cérémonies ! (je me cite !)
TU ES COMME MOI, TU AS DU MOINE OUVRIER, SCRUPULEUX, MISANTHROPE, ACHARNE, TU VAS AU BOULOT COMME A LA PRIERE – ""LA FOI RALEUSE"".
C'EST MIEUX QUE DES JEAN-FOUTRE DONT MAHE ET POPOL... TOUJOURS IVRES D'ALCOOL, DE TABAC ET DE BONIMENTS. JAMAIS EUX-MEMES FINALEMENT. Pas à estimer ni compter sur eux, en rien, sinon pour vacheries, lâchetés, pillages. Des piliers de zinc [Il s'agit de ses amis les peintres Henri Mahé et Gen Paul].
Bien sûr tu devrais rester chez toi. Tu es petit pape sur la Butte [Montmartre]. C'est un Vatican ton affaire, rose – les amateurs viennent se branler sur tes incunables et douiller, c'est fameux. Je te vois bien en franciscain et les traitant dur, à genoux ! Tu ferais rôtir un peu l'ivrogne. Tu as déjà un chevalet au premier étage. Tout est prêt en somme. Ta femme en bonne sœur. Le Sâr Péladan a essayé ça un peu plus haut – où était l'atelier Delattre – sous mes fenêtres finalement. Tu parles de fantômes ! ET ST-DENIS ATTENTION ! AH J'EN PARLE DANS FEERIE ! de celui-là ! on est potes [...] »

Sur Jean-Gabriel Daragnès, voir ci-dessus le n° 25.
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