Description
[Danemark, 1947-1950 et s.d.]
– Lettre autographe signée « LFC ». « Le vendredi » [probablement en novembre 1947]. « Mon vieux, tu as mille fois raison pour Naud [son avocat en France Albert Naud]. Tu parles que je vais aller lui fournir des effets d'audience ! mon cul ! Il s'ennuie le bougre... Pas question ! [...] Mais il en est un que je veux moucher publiquement c'est SARTRE. La saloperie ! Une charogne qui me faisait supplier d'assister à ses premières, relancer, harceler, ""sous la botte""... et qui à présent se permet de me ""dénoncer"", lui, comme vendu à la gestapo... ! C'est trop ! La saloperie, je l'enverrai en quatre ! Il n'a jamais vu un homme l'ordure. [Accusé par Jean-Paul Sartre en décembre 1945 d'avoir été à la solde des Allemands, Céline répondit par un pamphlet intitulé À l'Agité du bocal, écrit en novembre 1947 mais publié seulement en novembre 1948]. Certes on t'attends ici. Que de choses à te raconter ! Héron est ici [l'historien et conservateur de musées René Héron de Villefosse]... Grosse déception le pauvre je pense. On a fait ce qu'on a pu, mais on peut peu, et notre vie est sinistre, inimaginable. Nous avons nous passé par l'Enfer, pas lui. C'est une énorme différence, 2 mondes. Tu verras. Sûr. Scandale aux abysses est libre. Denoël ne l'a jamais sorti. L'illustration de [Roger] Wild est des plus ratées. Vas-y. Tire, illustre. J'EN SERAIS TROP HEUREUX. CARTE BLANCHE. Je préviens Marie Canavaggia [sa secrétaire]. Elle va t'envoyer le manuscrit intégral, et au poil. Avant d'être arrêté ici on m'avait demandé, clandestinement, un ""ballet pour le Théâtre Royal"". J'étais en train de l'achever lorsqu'on m'a coffré. Je l'ai terminé à la sortie. ""FOUDRES ET FLECHES"", il se prête aussi je crois très bien à un petit tirage de haut luxe illustré. Les deux textes te seront portés par Canavaggia. La maison Denoël ne le connaît pas – d'ailleurs les néo-Denoël, Voiliers [la gérante des éditions, Jeanne Loviton dite Jean Voilier] etc. ne me témoignent aucun intérêt, et je suis en train de me débrouiller ailleurs. J'en ai marre de toutes ces chichiteries, croquemitaineries, grogneugneux à la con... Je sèche sur mes livres, parfaitement rentables, nullement interdits – marre ! [...] » (3 pp. in-folio, quelques fentes marginales avec infimes traces de colle).
– Lettre autographe signée « Louis Ferd. ». « Le 7 » [sans doute janvier 1948]. « Mon vieux, je reçois à l'instant ta carte. Mikkelsen [l'avocat danois de Louis-Ferdinand Céline, Thorvald Mikkelsen] est ravi de vous inviter à dîner pour le 13, mardi, donc [...] Tu es tout à fait fraternel et plus que bienveillant et réconfortant. TU VOIS IL S'AGIT DE LA VIE QUI PASSE, C'EST UN TRAIN, ON EST DANS LE WAGON ÇA VA, ON EST SOUS LES ROUES ÇA NE VA PAS – NOUS ON EST SOUS LES ROUES DEPUIS 4 ANS, écrabouillés dans tous les sens, cela ne se raconte pas, y en a trop ! c'est difficile même de se rappeler de tout... ! on est en loques moralement et physiquement. Loques joyeuses bien sûr mais loques. LA PAUVRE LUCETTE [SON EPOUSE] A ETE SUBLIME. ELLE A LUTTE TOUTE SEULE CONTRE LE MONDE ENTIER HURLANT, ET ELLE N'ETAIT PAS PREPAREE A CETTE MELEE CONTRE LES MONSTRES, naturellement elle voit le monde bien gentil ! Enfin la vie est trop courte voilà tout. La même catastrophe à 30 ans d'âge c'est une épreuve, à 54 ans, c'est un naufrage [...] » (3 pp. 3/4 in-folio). Jean-Gabriel Daragnès vint deux fois à Copenhague en 1948, du 5 au 15 janvier, et du 31 mars au 12 avril de la même année, pour l'exposition du Livre français qui se tint en avril et dont il était commissaire.
– Lettre autographe signée « LF ». « Le 23 » [1950, probablement le 23 janvier]. « Oh, vieux, à propos de l'ivrogne [probablement le peintre Gen Paul] il y a plus moche. Veux-tu te procurer la Tribune des nations [...], un article de Roger Vaillant 13 janvier véritable appel au meurtre. Toute une rocambolerie, évidemment judéo-communiste, racontars de bravoure... de complot pour m'assassiner tenu chez Champfleury en 43 ! c'est amusant. Bougre je le savais bien qu'ils tenaient permanence de maquis ! Nous étions dans les meilleurs termes. ""Elle"" était a[p]pointée par l'I.S. [Intelligence Service] etc... etc, mais le rigolo tu verras, c'est la façon dont ils font de mon logement un centre de collaborateurs ! moi tenant réunions etc., mon genre !!! jamais Laubreaux [l'écrivain et journaliste Alain Laubreaux] n'est monté chez moi ! Jamais. Je l'ai rencontré deux fois dans toute ma vie. Soupault [le caricaturiste Ralph Soupault] est peut-être monté 3 ou 4 fois pour me demander une préface, d'ailleurs REFUSEE. Il est monté tu me connais beaucoup de danseuses, mais c'est tout ! Oh là là. Tout ceci est vétilles. Mais le curieux est l'omission des réunions du dimanche matin chez Popol [le peintre Gen Paul] ! où mon Dieu là... il y avait vraiment du ""monde"" ! Je n'y allais plus la dernière année... mais cet oubli est plus que ""singulier""... IL PUE. C'est un oubli qui pue... la mouche ! L'article est fort con au demeurant. Jeanson aussi me salit dans le ""Canard"" ! Lui ! [le journaliste Henri Jeanson, qui écrivait dans Le Canard enchaîné, fut d'abord maréchaliste avant de changer de position et d'être arrêté par les Allemands] [...]. » (1 p. 3/4 in-folio). Dans son article intitulé « Nous n'épargnerions plus Louis-Ferdinand Céline », qui frisait l'appel au meurtre, Roger Vaillant accusait Louis-Ferdinand Céline d'avoir accueilli chez lui un groupe de collaborateurs, et racontait s'être opposé durant la guerre à des projets d'attentat envisagés contre l'écrivain par des résistants réunis chez les voisins de l'écrivain, Robert Champfleury et sa compagne Simone Mabille.
– Lettre autographe signée « LFCéline ». « Le 26 ». « Mon cher vieux, t'en voilà du taintoin pour ma cause miteuse, et des emmerdeurs ! Sorlot [l'éditeur Fernand Sorlot] est une ganache. Il faut le scier je pense et passer le manuscrit à un éditeur peut-être un peu moins bavacheur et bandit ! Qu'il aille se faire pendre, Sorlot ! [...] Pour la Voiliers [l'avocate et femme de lettres Jeanne Loviton dite Jean Voilier, gérante des éditions Denoël] mille reconnaissances pour la corvée que je t'ai causée là – MAIS C'EST UNE FRIPOUILLE ET UNE PAUVRE BLUFFEUSE. JE NE PUBLIERAI CERTAINEMENT JAMAIS RIEN CHEZ CETTE PETASSE ABUSIVE. D'OU ME SORT-ELLE CETTE GRUE ECULEE AVEC SES EXTRAVAGANTES PRETENTIONS ? CONTRAT ? ET MON CUL ? JE N'AI JAMAIS RIEN SIGNE AVEC CETTE POUFIASSE QUI M'ARRIVE DE JE NE SAIS QUEL BIDET ! CRAPULE ET BOUFFEUSE. ET FAUCHEE ! Le pire serait qu'elle se sorte du procès. D'autor je te la vois me retirer des Voyages pour se faire du liquide immédiat et moi je suis flan ! Je ne touche jamais un croc ! Dévalisé une fois de plus complètement !! C'est fatal !!! La belle aubaine ! Pense donc ! Les impossibilités d'export... et le fisc ! et fatalement c'est pas les alibis qui manquent. Je lui ai déjà d'ailleurs envoyé il y a 4 mois avis de rupture – mais si elle s'en fout ! Je ne suis pas là pour lui botter les miches alors le coup est du beurre ! Ah je fais des vœux qu'on l'écrabouille sa turne ! Tu peux le dire ! Sinon je suis étranglé encore ! Pour ce qu'il me reste ! [...] SI CETTE SALOPERIE D'ASSASSINE SE MET PAS A ME JETER DES VOYAGES SUR LE MARCHE. AH VIVE LE MAQUIS S'IL LA CREVE ! Enfin qu'ils épurent quelque chose ! une sacrée ordure ! [...] » (4 pp. in-folio).
– Lettre autographe signée « LFCéline ». « Le mardi ». « Mon cher vieux, peut-être Geoffroy montera-t-il te voir [Georges Geoffroy, ami de Louis-Ferdinand Céline] pour te remettre un petit objet pour nous. Tu serais gentil de l'empocher. C'est un viatique pour le cas où nous serions chassés vers je ne sais rivage dans le cas de je ne sais quel cataclysme... On en cause ! Bien sûr tout ceci en grand secret [...]. Sorlot, vieille canaille, laissera traîner le poisson... en causant... contrats, œuvres futures... pataquès... Il n'a pas eu besoin de contrat pour empocher des souscriptions ! Qu'il raque d'abord, on verra par la suite ! le joyeux drille, ah ! canaille je crois comme deux fois Denoël qui en est crevé. Plus voleuse qu'eux deux peut-être je ne vois que Voiliers... et assassine ! Anacréon [le libraire Richard Anacréon] doit être mignon aussi ! [...] »(1 p. 3/4 in-folio).
Sur Jean-Gabriel Daragnès, voir ci-dessus le n° 25.