Lot n° 72

MARCHAND (Louis-Joseph) — Lettre autographe signée à Louis-Étienne Saint-Denis, avec apostille autographe de celui-ci (« Reçu le 2 8bre »).

Estimation : 200 - 300 €
Adjudication : 875 €
Description
Strasbourg, 27 septembre 1832. 3 pp in-8, adresse au dos ; petite déchirure marginale avec manque due à l'ouverture portant atteinte à 3 mots. BELLE LETTRE REUNISSANT DEUX ANCIENS COMPAGNONS DE NAPOLEON Ier A SAINTE-HELENE, Louis-Joseph Marchand et Louis-Étienne Saint-Denis, dit le Mameluck Ali.

« J'ai reçu dernièrement une lettre du prince Louis, le second fils de la reine Hortense [LOUIS-NAPOLEON BONAPARTE, FUTUR NAPOLEON III, en réalité le troisième fils, les deux premiers étant morts respectivement en 1807 et 1831], or ce jeune homme TEMOIGNE LE DESIR D'AVOIR ENTRE SES MAINS L'EPEE DE L'EMPEREUR. Il m'écrit que cette affaire est du ressort des exécuteurs testamentaires, et qu'enfin le duc de Reichstadt a témoigné le désir que ce dépôt fût dans ses mains. Je lui ai répondu une lettre fort obligeante dans laquelle je lui ai écrit que puisqu'il me permettait de lui exprimer mon opinion personnelle, je croyais que tout ce qui était or ou argent des dépôts qui nous étaient confiés devait appartenir à l'impératrice Marie-Louise, et que ce qui pouvait être monument pour la famille de l'empereur devait être remis au fils aîné de la famille impériale. Que si, comme il me le faisait écrire, le roi de Rome en mourant [le 22 juillet 1832] lui avait légué authentiquement cette épée, je ne voyais point de puissance qui puisse l'en priver. Qu'autrement cette épée devait appartenir au 1er né de la famille impériale, ou être déposée sous la colonne, si la France par l'organe de ses représentants en faisait la demande à la personne qui en est dépositaire ou à l'héritier de cette famille. J'ai reçu aujourd'hui seulement une lettre en réponse à celle que j'avais écrit[e] à Mr le comte Bertrand relativement à ce que nous devions faire des objets qui nous furent confiées. Sa réponse est qu'il faut attendre que l'impératrice en fasse la demande, et qu'à cette époque nous nous consulterons sur ce qu'il y aura à faire. Cette résolution est bonne pour lui, qui n'a rien à remettre à cette princesse ; car L'EPEE DE L'EMPEREUR APPARTIENT A LA FRANCE, OU AU PRINCE JOSEPH. Mais les objets que j'ai entre les mains ne sont pas de cette nature, et véritablement j'aurais craint en n'écrivant pas à l'impératrice qu'elle pût imaginer que je cherchais à me les approprier... Madame Mère laisse une immense fortune à l'aîné des Napoléon [Joseph Bonaparte], elle aurait bien dû fa[ire] acquitter nos legs intégrallement ; cette pens[ée], si elle lui était venue, n'aurait pas ruiné se[s] héritiers et nous aurait fait beaucoup de bien... »

ÂPRES DISPUTES AUTOUR DES ARMES DE NAPOLEON Ier. En 1821, l'empereur avait légué ses armes à son fils, mais l'Autriche avait refusé qu'elles soient remises à celui-ci, et elles restèrent en possession de Louis Joseph Marchand – un des exécuteurs testamentaires avec le grand-maréchal Henri-Gatien Bertrand et Charles-Tristan de Montholon. Après la mort du duc de Reichstadt en 1832, s'éleva une longue polémique entre les exécuteurs testamentaires et la famille Bonaparte, sur le fait de savoir si ces armes devaient revenir à Marie-Louise (donc à l'Autriche), aux autorités françaises ou aux Bonaparte. Le 4 juin 1840, quelques mois avant le retour des cendres, Bertrand vint finalement remettre l'épée impériale à Louis-Philippe Ier, provoquant des protestations indignées de Joseph et de Louis-Napoléon Bonaparte.
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