Lot n° 73

MAURIAC (François) — 2 dactylographies corrigées, intitulées « Dieu est innocent » et « L'Épreuve du silence ».

Estimation : 100 - 150 €
Adjudication : Invendu
Description
1942. — « DIEU EST INNOCENT » : « De toutes les épreuves que subit aujourd'hui un écrivain français, il n'en est aucune qu'il devrait accueillir de meilleur cœur que celle du silence. L'homme dont c'était le métier que d'exprimer en toute rencontre son opinion, est invité à se taire, – non certes à ne plus juger, mais à garder pour lui son jugement, à le réviser à loisir dans cette longue retraite du malheur... Une "époque", au sens où l'entendait de Maistre et dont nous subissons aujourd'hui l'horreur, est un temps où la réponse de Dieu à l'interrogation humaine devient perceptible, où le fruit amer se détache de la branche qui l'a produit. À quel terrifiant rond-point aboutissent et se recoupent des doctrines antagonistes ! Quelle réconciliation dans le sang ! Là se consume une destruction telle qu'il ne s'agit plus de savoir maintenant ce qu'il adviendra de telle ou telle nation mais si l'Europe – chrétienne toujours – même dans les pays où elle se croit à jamais détachée du Christ – survivra à l'holocauste indéfiniment renouvelé de son héroïque jeunesse » (3 pp. 1/4 in-folio). Article paru dans La Gazette de Lausanne le 9 août 1942.

— « L'ÉPREUVE DU SILENCE » : « Ces temps-ci, sur tous les murs de Paris et jusque dans le métro, s'étalait en lettres capitales ce titre d'une pièce dont j'ignore l'auteur : Dieu est innocent [par Lucien Fabre]. Je ne l'ai pas vu jouer ; mais fût-elle un chef-d'œuvre, le spectacle n'aurait pu m'atteindre davantage que ces trois mots écrits partout dans la ville humiliée, que cette réponse péremptoire donnée à la question secrète posée par tant de cœurs, car depuis que le Rédempteur est venu, l'"appareil sanglant de la destruction" n'en domine pas moins le monde, et le problème du mal obsède les cervelles humaines – plus que jamais aujourd'hui où partout la terre boit le sang... Tout le sang répandu sur la terre depuis celui d'Abel ne le fut que par les passions des hommes... À un moment d[e] l'histoire, sur une montagne de Galilée, quelques paroles ont été prononcées ; et cette loi, nous l'avons enfin connue. Alors les doux, les pacifiques, ceux qui ont faim et soif de justice, ceux qui souffrent persécution pour elle, ont compris d'où venait leur douceur, leur paix, leur soif, leur faim ; et ils en ont béni et adoré la source : l'éternelle innocence, l'enfance éternelle de Dieu » (4 pp. 1/4 in-folio). Article paru dans le même périodique le 9 octobre 1942.
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