Lot n° 79

RAPP (Jean) — Lettre signée à un colonel.

Estimation : 300 - 400 €
Adjudication : 500 €
Description
Paris, 27 mars 1818. 4 pp. in-4. « J'ai reçu votre lettre ainsi qu'un cahier qui y était joint ; j'ai lu vos certificats, j'ai vu avec plaisir qu'ils sont signés par des militaires qui comme moi ont eu l'honneur de servir sous Bonaparte, & qui depuis sont devenus de très bons serviteurs du roi.
Vous avez été étonné... de la réception que je vous ai faite chez le ministre de la Guerre [le maréchal Laurent de Gouvion-Saint-Cyr]. Vous avouerez d'abord qu'il était inconvenant de s'embrasser dans le salon d'une grande autorité où il y avait grand cercle et des dames ; ensuite vous ne pouviez pas prétendre... que je souffrisse qu'on s'adressât précisément à MOI, QUI AI EU L'HONNEUR D'ETRE 15 ANS AIDE DE CAMP DE BONAPARTE, dans le salon d'un ministre qui s'honore lui-même d'avoir été fait maréchal de France par lui et de l'avoir servi, pour en dire du mal. Plus il y avait de courage à le fronder lorsqu'il était puissant, moins il est généreux de l'attaquer aujourd'hui qu'il est lui-même malheureux... Vous me faites l'honneur de me dire... que vous n'avez jamais rien demandé, ni rien obtenu par la faveur ; j'éprouve la même satisfaction que vous ; car TOUT CE QUE JE SUIS DEVENU, C'EST POUR AVOIR ARROSE DE MON SANG... LES BORDS DU RHIN, CEUX DU NIL, DU DANUBE, DE LA VISTULE ET DE LA MOSKOWA. Si c'est à moi que s'adresse l'honorable épithète de sabreur, je vous en remercie, car J'AI SOUVENT ENTENDU DIRE A BONAPARTE QUE C'EST PRESQUE TOUJOURS AUX SABREURS QU'IL A DU LE GAIN DE SES BATAILLES. Je ne pense pas... que vous vouliez à vous seul faire le procès de tous ceux qui ont eu l'honneur de servir sous le dernier gouvernement, le nombre en est grand heureusement, et ce sont encore eux que le roi trouverait s'il en avait besoin. Je suis très fâché de toutes les injustices dont vous avez à vous plaindre sous Bonaparte, le roi est juste, et sans doute S.M. saura le réparer...
En ouvrant vos mémoires, j'y trouve une erreur que je vais relever : vous me dites qu'étant alors adjudant s[ous]-officier, je me trouvai seul au milieu d'un peloton ennemi, duquel je me suis débarassé ; m'étant souvent trouvé dans une semblable position, je puis vous dire que ce n'est pas dans cette circonstance que JE FUS GRIEVEMENT BLESSE, mais bien DANS LES ENVIRONS DE SPEIR EN CHARGEANT AVEC UN GROS PELOTON DE CHASSEURS SUR DE LA CAVALERIE AUTRICHIENNE QUINTUPLE EN NOMBRE, ainsi que le général Desaix m'a fait l'honneur de me l'écrire – j'ai encore sa lettre –, et j'étais alors sous-lieutenant au 10ème régiment. Je reparus à mon corps portant encore mon bras en écharpe, JE VENAIS D'ETRE NOMME LIEUTENANT ET MON BREVET ETAIT DATE DU CHAMP DE BATAILLE. Je fis encore avec mon régiment la campagne du Palatinat, et celle du rigoureux hiver devant Mayence. Je partis avec le régiment pour l'Italie et c'est à Nismes que je l'ai quitté pour être aide de camp du général Desaix. »
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