Lot n° 510

LOUŸS Pierre (1870-1925). L.A.S. «P.», «Nuit de mercredi-jeudi [23-24 août 1916], à son frère Georges LOUŸS à Biarritz ; 6 pages petit in-4, enveloppe jointe (du 6.VII.1916). Longue lettre sur ses difficultés...

Estimation : 500 - 700
Adjudication : 600 €
Description
littéraires, dans laquelle Louÿs se demande où il pourrait encore publier, toute la presse étant muselée par l'Académie, et ce qu'il pourrait publier, en cette période si difficile : «Il y a deux questions que je ne puis, ni résoudre, ni tourner. -Que publier ? - Où publier ?»... «L'Académie est une pieuvre qui a mis ses tentacules partout», de la Revue de Paris à Lectures pour tous, avec René DOUMIC, qui n'a «ni compétence, ni écriture, [...] la pieuvre des pieuvres et le plus dévorant de la compagnie [...] C'est effrayant ce que ces hommes verts dévorent»... Il ne reste que deux journaux où publier, Le Temps et Le Matin, mais «mes idées ne sont pas les leurs. Quand le refus est certain, il est inutile de poser la question»... Mais en supposant qu'il soit accepté, «Que publier ? - Réponse : rien». Pourtant il ne demande que cela et ne pense qu'à cela «mais pendant des époques comme celles que nous traversons, toute littérature est impossible». Louÿs se lance alors dans un véritable cours sur la littérature pendant les guerres napoléoniennes, citant Chateaubriand, Byron, Shelley, Lamartine, avant de conclure que «la littérature passionnelle est muette en 1916 et elle restera muette plusieurs années encore». Il faut que les écrivains cherchent «un point d'appui en dehors des Lettres». Il en va de la survie, et il faut qu'il trouve dès octobre «une ressource, modeste mais régulière : un poste ou un état quelconque ; ni vers ni prose ; le sous-bibliothécaire de Leconte de Lisle»... Il pense que pendant longtemps «nous ne verrons plus paraître que des littératures extrêmes ; je veux dire : un faux pindarisme illisible - et la farce : meilleure que l'ode. C'est exactement ce qui s'est produit après la Révolution et après 70»... Il donne en exemple la situation littéraire et musicale après la guerre de 1870, citant notamment Flaubert, Hugo ou BIZET : Carmen, «unique dans la musique française» tombe en 1875 ; «L'oeuvre capitale du drame lyrique allemand, toute la Tétralogie de Wagner [...] tombe si bien à Bayreuth en 1876, qu'on est obligé de vendre les décors pour apaiser les créanciers. Voilà. La libération du territoire ne datait que de 1873, il était encore trop tôt pour faire de la littérature et de la musique». 1882 : triomphes pour Hugo à Paris et WAGNER à Bayreuth avec Parsifal : «Dix ans avaient passé, et à partir de 1882 : succès pour tout le monde - même pour moi. [...] Non, vois-tu on ne peut pas jouer du violon dans les rochers de Biarritz pendant la marée d'équinoxe. Il faut chercher autre chose, ou bien la marée vous emporte»...
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