PLATON. Opera omnia quae extant ex latina Marsilii Ficini versione, nunc multo accuratius quam antea cum Graeco contextu collata et quam plurimis locis emendata. In hac editione ad Ficini argumenta accesserunt perpetuae notae marginales cuiusque disputationis summam et scopum brevieter indicantes. S.l. (Genève), apud Jacobum Stoer, 1592. Trois volumes in-16, reliures de l’époque en maroquin rouge, sur les plats, bordure de palmes et de feuillages encadrant un grand panneau central orné d’un décor à répétition de médaillons contenant sept espèces différentes de fleurs avec au centre un médaillon ovale de plus grande taille portant les armoiries du possesseur au premier plat et sa devise Expectata non eludet entourant un pied de lys à trois fleurs au second, dos lisses ornés de même, tranches dorées, étuis. Belle et rare édition des œuvres de Platon dans leur version la plus recherchée, celle traduite et commentée par Marsile Ficin. Publiée dès 1484, cette œuvre du grand humaniste réalisait la synthèse entre platonisme et christianisme, ouvrant ainsi la voie à la philosophie néo-platonicienne qui marquera toute la vie intellectuelle de la Renaissance. Portrait en médaillon de Platon gravé sur bois sur les titres des trois volumes.
SUPERBE EXEMPLAIRE DE PIETRO DUODO (1554-1611) RECOUVERT DES RELIURES CARACTERISTIQUES DE SA BIBLIOTHEQUE. Ambassadeur de la République de Venise auprès d’Henri IV de 1594 à 1597, Duodo profita de son séjour à Paris pour rassembler un ensemble d’ouvrages, tous de petit format, qu’il fit recouvrir, à l’image de son prédécesseur Grimaldi, de reliures au décor uniforme se déclinant en trois couleurs : rouge pour la théologie, l’histoire, le droit et la philosophie, citron pour la médecine et la botanique, olive pour la littérature. Cette réunion d’environ 150 volumes (133 répertoriés par Esmerian en 1972), typique quant aux textes retenus - majoritairement grecs et latins - des goûts et préoccupations d’un humaniste, formait une bibliothèque de voyage, l’une des plus remarquables qui nous soit parvenues, tant par son contenu que par la beauté et l’élégance de ses reliures. Rappelé soudainement à Venise en 1597, Duodo n’eut sans doute jamais l’usage de ses livres, qui demeurèrent à Paris pendant deux cents ans avant de réapparaître progressivement après la Révolution sur le marché anglais1. On en attribua d’abord la provenance à Marguerite de Valois, la Reine Margot, sœur d’Henri III et première épouse d’Henri IV, avant que les recherches de Ludovic Bouland2 ne les restituent à leur légitime propriétaire. L’atelier parisien à l’origine de ces reliures n’a pas été identifié avec certitude. Si le nom un peu passe-partout de Clovis Eve a longtemps circulé, on évoque aujourd’hui l’atelier « de la seconde palmette », principal producteur de reliures à la fanfare au tournant des XVIe et XVIIe siècles3, suite à la découverte d’un petit motif de vase sur deux des reliures de la bibliothèque. PAR L’IMPORTANCE DE SON TEXTE, LE PRESENT EXEMPLAIRE EST SANS DOUTE L’UN DES PLUS REMARQUABLES DE LA BIBLIOTHEQUE DUODO. SOIGNEUSEMENT REGLE, VIERGE DE TOUTE RESTAURATION, IL EST CONSERVE DANS LE PLUS PARFAIT ETAT DE FRAICHEUR. Détail passé jusqu’ici inaperçu, son décor présente une variante encore non répertoriée, avec la présence répétée sur les plats de sept fleurettes différentes de même format au lieu des six habituelles4. Des bibliothèques George Gosling (vente du 17 juillet 1883 à Londres, adjugé 127 livres), Cortland Bishop (II, 1938, n° 1777) et Daniel Sicklès avec leurs ex-libris. L’exemplaire a figuré au Bulletin Morgand de novembre 1890 (n° 19100, au prix de 5 000 francs or) ainsi qu’au catalogue Rahir Livres dans de riches reliures, Paris, 1910 (n° 94). Il figure dans la liste des livres attribués par Quentin-Bauchart à Marguerite de Valois (n° 12). Infimes traces de frottement à un mors du tome III.