Description
- Nice, Villa Orangini, 5 janv. 1913. 4 pp. in-8. F. B. confie à son amie son horreur de Nice : « Chaque jour je constate à quel point j’aime tendrement la simplicité et la nature spontanée des vergers rustiques, des mon- tagnes, Deus in herbis et lapidibus ! La ville de Nice me fait horreur. C’est une pourriture en plâtre. Jamais je ne vis pareil assemblage de laideurs, de faces bestiales et veules de mufles grossiers et retraités. C’est le vice bon marché dans un Naples français. On dirait que toutes les villes du monde nous envoient ce qu’elles ont de pire pour une saison de rigolade... ». - Nice, Villa Orangini, 7 janv. 1913. L.A.S. sur un bristol r°v°. Il attend son amie pour samedi et s’attarde à faire l’éloge de son hôtesse : « La santé de la maîtresse des lieux est excellente, son appétit pareil à celui de Louis le Grand, son autorité semblable à celle de Bonaparte et sa voix redoutable comme celle du maréchal Ney. Bon œil, bonne dent, bonne langue, bon estomac et le même impitoyable propos que Frédéric II qui savait confondre ses amis à table en les foudroyant la bouche pleine... ». - Le Cannet, 19 janv. 1913. L.A.S. 3 pp. in-12. « Il pleut ! C’est le marasme ! /.../ Et la semaine s’enfuit, la précieuse semaine de votre présence ! Je laisse à votre décision le soin de nous réunir... ». - Cannet, 28.1.13. C. P. de St Paul du Var. « Il me manque quelque chose depuis votre départ. Je m’étais fait très vite à cet aimable voisinage au soleil... ». - Le Cannet, 2 fév. 1913. L.A.S. 4 pp. in-12. F. B. revient encore sur la journée passée avec son amie à St Paul, « le miracle du mois », puis évoque le suicide d’une jeune femme trompée de ses relations, puis sa visite chez Mme Germain, et pour finir un dîner mondain en compagnie des Saxe-Mainingen. - Cannes, 13 fév. 13. 8 pp. in-8. LONGUE ET DÉLICIEUSE LETTRE où F. B. raconte entre autres à son ami une conférence de Colette à Nice : « Tout ce que Nice contient de gratin /.../ s’y était donné rendez-vous pour une sadique rencontre. Colette Willy s’exhibait pour 500 francs en faisant une conférence dont vous savourez le titre L’envers des Music-halls. C’était tout un programme alléchant pour les fausses vertus des Salons. Ces dames si bien nées, si comme il faut, allaient enfin connaître les dessous scandaleux des cafés-concerts par la bouche même de celle, Messaline du Moulin Rouge, dont on avait colporté jadis la photographie en chemise, assise en équilibre avec Polaire sur les genoux de Mr Gautier Villars son époux... On avait tiré 300 mille cartes postales et la France avait tressailli dans ses fondements. Or donc Colette est venue et pendant vingt minutes elle a parlé de sa voix douce et mélancolique de la vertu, de l’honneur, de la bonne conduite des gens de Music Hall, de leurs bébés, de leur solidarité, de leur esprit de famille. C’était une joyeuse escroquerie. » - Cannes, 4 mars 1913. L.A.S. 4 pp. in-12. La lettre substantielle évoque d’abord « L’orgie de la great season et chaque jour c’est des déjeuners, dîners de grandes vedettes et d’altesses de toutes les nations », un long pas- sage est ensuite consacré à Léon Bourgeois « vénéré, admiré et aimé par la sœur de cet énergumène qui aiguise frénétiquement son sabre en roulant ses yeux vers l’est et l’ouest et qui règne sur 60 millions d’abjectes brutes à lunettes /.../. Je voudrais seulement une France militaire toute sonore de fanfares et sans rhétorique. Je ne peux me résigner à la voir autrement, c’est ainsi qu’elle m’apparut dans une France troublée... ». Il rap- porte à son amie certaines perfides allusions à son encontre : « Des mains d’accoucheurs japonais essayaient de donner le jour à un fœtus en baudruche ». - Le Cannet, 13 mars 1913. C. P. signée Hortensius. Son amie lui a offert un signet ayant appartenu à Mad. de Lamartine. Il remercie en citant Joubert : « Je me félicite de vous connaître pour mille raisons que mon cœur connait et que mes mains touchent ». - Le Cannet, Pâques 1913. L.A.S. 3 pp. in-12. Vignette de cloches, collée. F. B. a eu une congestion à l’œil droit « privé de la joie d’orner à votre intention mes lettres /.../. Quand je pense qu’un jour peut-être, je ne pourrais plus vous dessiner des bons hommes ! ». - Nice, Villa Orangini, 9 avril 1913. L.A.S. 4 pp. in-8. F. B. vient de recevoir un nouveau livre de son amie : « Quelle joie de recevoir les tablettes de cire ! La robe orange fait pâlir les oranges d’Orangini /.../. Déjà mon impatience a voulu entendre le beau concert de flûtes antiques, de cimbales et de viole d’amour qui s’échappe entre les pages du livre. Je me suis félicité de voir le japon résister aux entreprises d’un certain nombre de coupe-papiers... ». Il évoque ensuite le croquis de Tristan Bernard au casino de Monte-Carlo et une visite à Gustave-Adolphe Mossa : « J’ai vu la planche que vous lui avez achetée et j’ai reconnu votre goût... ». - Cannes, 17 avril 1913. L.A.S. 4 pp. in-12. F. B. son prochain voisinage avec son amie et à cette occasion évoque Gœthe et Charlotte de Stein. Ensuite il rapporte les propos étonnants de l’Impératrice de Russie qu’il vient de visiter au Cap Martin : « De toutes les personnes présentes elle était la plus gaie, la plus vivante, la plus lucide d’abord de l’éducation des jeunes filles modernes, du tango et de toute notre existence où les choses vont « si vite, si vite ». Puis son regret de n’être jamais entrée dans un théâtre depuis 1870 et de sa curiosité insatisfaite de voir une salle éclairée à l’électricité /.../. Enfin elle parla politique. Elle en tient pour les bons Turcs, les vieux Turcs !! Vous verrez, me dit-elle, on les regrettera un jour quand on saura mieux ce que c’est que le despotisme chrétien et cette barbarie particulière aux Balkans qui avec les vices modernes gardent la cruauté discipliné du Moyen-Age... ». - Le Cannet, 1 mai 1913. C. P. (annotée). Il recommande à son amie la visite de Sospel, petite ville toscane du temps des Médicis, encore préservée des bienfaits de la civilisation. - Paris, 18 mai 1913. C. P. Rendez-vous pour mercredi « comme vous êtes gentille d’avoir dit tant de mal de moi ». - Paris, 7 juin 1913. L.A.S. 3 pp. in-8. « Je me sens mieux /.../. C’est donc le moment de se montrer ingrat (un Homme enfin). Je vous quitte pour aller vers Angelica /.../ je resterai 8, 10 jours... ». - [Paris, juin 1913]. L.A.S. 1 p. in-12. « Je n’ai pas pu partir ! Je me suis senti trop souffrant cette nuit... ». - Versailles, 16 juin 13. C. P. « Je suis de plus en plus incapable de proclamer dans les trompettes de la ville ce que j’ai fait. Je suis - ainsi que vous - venu trop tard dans un monde trop jeune ». - Paris, 1 juillet 1913. L.A.S. (au verso d’un portrait de l’empereur). Rendez-vous. - Fleury, 2 août 1913. C. P. château de Fleury-en-Bière. Il est chez Madame de Béarn avec Paléologue. - Lac du Bourget, 28 août 1913. L.A.S. en 2 cartes postales. F. B. parcourt la Savoie (chez Lamartine aux Charmettes, à Ferney chez Voltaire, à Coppat chez Mme de Staël). Longeant au soir le rivage du Lac, il évoque les vers de Lamartine. - [Beauvieux, août 1913]. L.A.S. 1 p. in-16. F. B. est chez les Hanotaux. Il se plaint de son mal aux yeux et de son impossibilité sans secrétaire de répondre à son abondant courrier. - Versailles [août 1913]. L.A.S. 1 p. in-12. « Quelle belle lettre je reçois ! Et je ne peux pas répondre ! J’ai été frappé d’une nouvelle congestion à l’œil droit. /.../ Et je vais devoir répondre à 5 ou 600 lettres. Car vous ne savez pas que Segur et moi avons la croix depuis hier ! ». - Morteau, Doubs, 7 sept. 13. 1 p. in-12. « Je ne sais si je pourrais poursuivre mon voyage d’étude. Hier à 3h j’ai eu un affreux accident d’automobile ». - Hermitage des Charmettes, 24 sept. 13. C. P. de la chambre à coucher de J.-J. Rousseau. « Je rôde dans la maison et il me semble bien qu’Il apparait sur le seuil timide et méfiant ». - Versailles, 29 sept. 13. C. P. des Charmettes. Il annonce son arrivée pour le lendemain en Touraine chez son amie. Il finit en évoquant une conversation imaginaire avec Jean-Jacques : « Il était fort sociable et m’a demandé s’il pouvait entrer à votre service comme jardinier ». - Rochecotte (Indre-et-Loire), 9 oct. 1913. L.A.S. 4 pp. in-12. F. B. séjourne chez M. de Castellane. Il vient d’apprendre la mort de son amie Mme Germain. Il s’attarde ensuite à décrire la très charmante maison où il est : « On est avec le vieux Talleyrand, avec le Maréchal de Castellane /.../ c’est un dix-huitième siècle complet... ». - Versailles, 13 oct. 13. C. P. du Trianon de Versailles. « Je suis encore sous le coup de la mort de Mad. Germain. Je suis un orphelin de sa rude amitié /.../. Et puis ne lui dois-je pas de vous connaître ? ». - Paris, 19 oct. 1913. L.A.S. 2 pp. in-12 sur papier en-tête du Carlton : « (150 francs par jour). Je n’y habite pas... j’y déjeune exceptionnellement ». Il remercie la « Chère Princesse amie » qui lui a adressé des fleurs encartées de Mme de Lamartine. « Vous voulez que j’ai un musée lamartinien. Soit ! je l’aurai et je me nom- merai Conservateur adjoint ». - Versailles, 15 oct. 13. C. P. d’un tombeau de l’abbaye de Fontevrault, annotée : « Quel dommage que ce ne soit plus une abbaye ! Et l’autre [le gardien] répond : A présent ça va être un monument historique, c’est bien autre chose !? Oh ! Tempora ! Oh mores !... ». - Paris, 7 nov. 1913. C. P. Description sévère de la vie parisienne. « Paris s’agite déjà. Tango, Cocaïne, Ether, Morphine et Opium. Voilà ce que l’on danse. On triche au jeu, on va trouver les avorteurs à la mode à Lourdes. On court, dépense, intrigue, calomnie, cherche des sensations nouvelles en bas tout à fait en bas, jusqu’à la nausée. Pitoyable humanité, admirable nature. » - Paris, 12 nov. 13. C. P. annotée. « La lampe qui file est de retour... en Angleterre avec le duc d’Orléans, son nouveau maître. Elle avait longtemps désiré cette situation de Grande Maîtresse du Palais et en Argentine le plan a été facilement exécuté /.../. Avant-hier je suis allé passer une journée avec la Grande Duchesse Wladimir. Nous avons déjeuné avec les Millerand dans l’intimité la plus grande... ». - Paris, 15 nov. 13. L.A.S. 4 pp. in-12. F. B. se plaint à nouveau de Paris : « Paris me tue /.../ la vie sans raison, la rue impossible dans l’obscurité piquée de lumières qui vous entrent dans les yeux comme des poignards, c’est le mouvement des machines de guerre fonçant sur des fuyards qui à chaque traversée ont le frisson de la mort... ». Il poursuit par l’évocation cocasse d’un spectacle : « J’ai vu les Anges gardiens, c’est très amusant. Le public composé d’étrangers, d’anges gardiens, de jeunes filles et de jeunes gens très chics regardent les petits sodomistes maquillés qui jouent pour la première fois sur une scène leur rôle « nature » si je puis m’ex- primer ainsi... ». - Le Cannet, 13 déc. 13. C. P. F. B. vient d’arriver au Cannet. Toujours les yeux malades. « Le temps est para- disiaque. On fait la seconde cueillette de fleurs d’oranger ! ... ». - Le Cannet, 30 déc. 1913. 2 C. P. Cartes de vœux et remerciements pour le calendrier, adressées au couple de Brimont. La première est illustrée d’une paire de lunettes.