Lot n° 195

1941-1942. 8 LETTRES AUTOGRAPHES SIGNÉES sur cartes postales. – Rimont, 18 nov. 41. L.A.S. 1 p. F. B., à son deuxième hiver d'exil, parle avec enthousiasme de son travail de mémorialiste : « Mon 4ème volume de souvenirs, a été, déjà prêt pour le tirage, arrêté et il a fallu racheter le manuscrit pour faire subir à la partie lésée la totalité des frais de composition.....

Estimation : 300/400
Description
- Rimont, 18 nov. 41. L.A.S. 1 p. F. B., à son deuxième hiver d’exil, parle avec enthousiasme de son travail de mémorialiste : « Mon 4ème volume de souvenirs, a été, déjà prêt pour le tirage, arrêté et il a fallu racheter le manuscrit pour faire subir à la partie lésée la totalité des frais de composition, le traité déchiré et toute la col- lection de dessins contemporains, disparue avec l’administrateur qui a traversé la Manche en juin 1940, me dit-on. La cause en est que les souvenirs tournaient autour de l’auteur de La Belle Hélène, de Meilhac, Halevy... Mais j’ai continué avec un tome V, Villiers, Banville, Renan, Barbey, etc. /.../. C’est très dangereux, mais j’ai découvert le rajeunissement par l’exil, le silence et la nécessité ». - Rimont, 26 déc. 41. L.A.S. (sur une carte postale). 1 p. « J’attends vos inspirations. La mienne est le résultat singulier d’une concentration de toutes les facultés créatrices par le dépouillement total à la fois du décor et de la société, de tous les auxiliaires et même des livres à part quelques-uns dont on n’aurait pas besoin. J’appelle à mon gré par exemple les amis Montaigne, La Fontaine, Joubert /.../. Je travaille avec une aisance, une maîtrise monstrueuse pour mon âge. Je n’oserai plus l’avouer. Je dirai que j’ai dix-sept ans... ». - Rimont, 28 janvier 42. « Troisième hiver loin de la Côte d’Azur, qui - par un singulier paradoxe - m’avait été, il y a quarante ans déjà, désignée par la faculté comme un séjour indispensable pour conserver mes bronches ! ». La suite de cette lettre revient sur son état double de maladie qui le cloue au lit et d’exaltation créatrice. Il demande des nouvelles de Fabre Luce. - Rimont, 2 mars 42. L.A.S. 1 p. F. B. demande des détails sur la mort de leur amie commune Madame de Beauchamp. « Elle était si attachante dans son hérédité orientale et vénitienne et française, une étrange com- position avec beaucoup d’intelligence, de goût et de charme... /.../. Je continue à marcher dans les éblouisse- ments de la sagesse de Montaigne ». - Rimont, 11 avril 1942. L.A.S. 1 p. « Je suis arrêté dans mes travaux car je souffre d’une sclérose des yeux /.../. Mad. de Pierrebourg m’écrit que je suis à présent son seul et dernier ami... ». La lettre est signée Diogène. - Rimont, 17 août 42. L.A.S. 1 p. Belle lettre mélangeant souvenirs littéraires et réflexions morales. Ferdinand Bac a alors 84 ans. « J’ai terminé un ouvrage qui évoque tous ceux que j’ai connus autour de Flaubert. Encore adolescent j’ai approché des quantités d’amis dont il parle dans sa correspondance, notamment celle qui figure sous le nom de « Madame Arnoux » dans « L’éduc. sentimentale » et sa fille Maria et son gendre. Enfin pen- dant 30 ans, Caroline sa nièce /.../. L’influence des moralistes, philosophes, etc., est tout à fait nulle et on est parfois étonné de voir que l’homme ne marche pas encore à quatre pattes, ce qui conviendrait mieux au résul- tat de son éducation et de son instruction spectaculaire et verbeuse. Autre chose est d’agir selon la raison... ». - 25 sept. 42. L.A.S. « Cette nuit je me disais : elle m’a écrit, la carte est en route. Le matin : la voilà /.../. La science s’est peu occupée de l’homme. C’est surprenant. Je veux dire qu’elle ne s’est pas occupée de son radium, ni de ce qui est écrit sur son visage, dans sa voix, ses gestes... ». - Rimont, 14 nov. 42. L.A.S. 1 p. « Je vis exclusivement avec l’élégante sagesse de nos La Bruyère, etc. /.../. Il en ressort que la grande erreur a été d’attacher un sentiment passionné à la cause publique qui est totale- ment dépourvue de ce que nous entendons bourgeoisement par morale /.../. On a beaucoup médit de Machiavel, on a eu tort. Tout finit par la faillite des mots...». La lettre s’achève par un éloge de Lavater et de la phrénologie. Elle est signée : « Votre vieil ami stoïcien et Diogène ».
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